Non-respect du PAP : l’employeur peut-il écarter d’office une candidature ?
En amont des élections professionnelles, syndicats et employeurs peuvent convenir des modalités du scrutin dans un protocole d’accord préélectoral qui s’impose à tous. Que se passe-t-il lorsqu’une candidature ne respecte pas les règles prévues par ce document ? L’employeur peut-il l’écarter ?
Protocole d’accord préélectoral : rappel du cadre légal
En amont des élections professionnelles, un protocole d’accord préélectoral (PAP) est généralement négocié et signé par les organisations syndicales et l’employeur.
Ce document a vocation Ă dĂ©finir les modalitĂ©s d'organisation et de dĂ©roulement des Ă©lections.Â
Les thèmes de la nĂ©gociation sont le nombre et la composition des collèges, la rĂ©partition du personnel dans les collèges, la rĂ©partition des sièges Ă pourvoir dans les collèges et les modalitĂ©s pratiques d'organisation de l'Ă©lection. Notamment, les modalitĂ©s de dĂ©pĂ´t des candidatures.Â
Notez le
Le Code du travail (art. L. 2314-6) prévoit que, pour être valide, le PAP doit être signé par la majorité des organisations syndicales ayant participé à sa négociation, parmi lesquelles :
- celles ayant obtenu la majorité des suffrages exprimés lors des dernières élections professionnelles ;
- ou, en l’absence de tels résultats, la majorité des organisations syndicales représentatives dans l’entreprise.
Si la régularité du PAP n’est pas contestée, les modalités d'organisation du scrutin qu’il prévoit s'imposent à tous : employeur et organisations syndicales.
Que se passe-t-il si une candidature ne respecte pas le PAP ?
Elections professionnelles : l’employeur peut refuser une candidature qui ne respecte pas le PAP
Si l'employeur ne peut pas se substituer au juge pour apprĂ©cier la validitĂ© d’une candidature aux Ă©lections professionnelles, encore faut-il que celle-ci respecte strictement les modalitĂ©s prĂ©vues par le PAP.Â
Dans le cas contraire, l’employeur peut l’écarter, sans saisir le juge et sans que sa neutralité ne soit remise en cause.
C’est ce qu’ont décidé les juges de la Cour de cassation dans un arrêt du 9 avril 2025, rappelant que le respect du PAP, dont la régularité n’est pas contestée, s'impose aux syndicats et à l’employeur.
Le non-respect de ces modalités justifie d’écarter d’office une candidature.
Dans cette affaire, un syndicat avait dĂ©posĂ© une liste de candidats dans les dĂ©lais fixĂ©s par le PAP. La lettre d’accompagnement indiquait qu’il s’agissait d’une candidature pour le second tour des Ă©lections. Après l’expiration de la date limite prĂ©vue pour le dĂ©pĂ´t des candidatures, le syndicat a prĂ©cisĂ© qu’il s’agissait en rĂ©alitĂ© d’une candidature au premier tour.Â
L’employeur, estimant que la candidature ne respectait pas les conditions prĂ©vues par le PAP, a pris l'initiative de l’écarter.Â
Le tribunal judiciaire a été saisi par plusieurs syndicats, se défendant d’une simple erreur matérielle, réclamant l’annulation des élections.
En cassation, les juges ont cassé la décision du tribunal judiciaire qui avait donné droit aux demandeurs. Constatant que la formulation de la lettre de dépôt rendait la candidature inadaptée au premier tour, ils ont considéré que l’employeur était en droit de ne pas retenir la liste litigieuse,  sans que cela constitue un manquement à son obligation de neutralité.
Bon Ă savoir
En l'absence de protocole d'accord préélectoral, l'employeur ne peut refuser une candidature qu'en justifiant sa décision au regard des nécessités d'organisation du vote.
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Cour de cassation, chambre sociale, 9 avril 2025 n° 24-11.979 (si la régularité du PAP n’est pas contestée, les modalités qu’il prévoit s'imposent à tous, de sorte que l’employeur, sans manquer à son obligation de neutralité, peut écarter une candidature qui ne respecterait pas le PAP)
Juriste et autrice en droit social
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