Le vide

Publié le 12/11/2025 à 09:00
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Temps de lecture : 4 min

La Direction Générale du Trésor a annoncé que nous aimons tellement le vide qu’il va affecter la productivité des entreprises, au point de faire perdre à la France des points de PIB.  Il est question ici du fameux « scrolling », de notre addiction face aux écrans, de notre consommation immodérée des réseaux sociaux.

Une perte de temps productif

Selon la Direction Générale du Trésor, certaines plateformes numériques génèrent une perte de temps productif et ont un impact sur les facultés cognitives ou la santé mentale qui, à terme, réduira la productivité des futures générations lorsqu’elles entreront sur le marché du travail. 

Ce temps improductif, ce vide, n’est qu’une facette du problème. Il existe au moins trois autres impacts beaucoup plus pervers, voire les plus pervers qui soient :

  • nous Ă©loigner des uns et des autres ; 

  • nous dĂ©possĂ©der de la facultĂ© de rĂ©flĂ©chir ;

  • et encore plus grave, nous empĂŞcher de ressentir de la compassion les uns envers les autres car le cerveau ne peut plus lire les Ă©motions et ne sait plus les reconnaĂ®tre.  Ce qui explique la rĂ©duction significative de notre seuil de tolĂ©rance vis-Ă -vis d’autrui. 

L’altération des facultés sociales

Bien que la santé mentale soit affectée, nous ne percevons rien jusqu’à ce que nous ne soyons plus capable de faire face à la réalité, après avoir tout tenté pour l’éviter ou avoir joué à en faire une distorsion. Nous sommes de plus en plus loin de la machine à café où l’on se retrouvait pour discuter, même des sujets les plus redondants, voire de ceux qui donnaient l’impression de parler pour ne rien dire. Pourtant, ce moment qui pouvait sembler vide n’altérait pas nos facultés sociales, mais au contraire les construisait. 

La responsabilité des entreprises est cruciale dans la déconnexion, car si les écrans sont indispensables, les temps de réflexion collective et de sensibilisation aux dangers dépassent le simple devoir d’information. L’habitude d’être connecté, de jongler entre ordinateur, tablette et téléphone qui d’apparence semble innocente ou inoffensive, ne va pas seulement jouer contre le salarié ou contre la performance globale, mais va aussi affecter notre capacité à vivre ensemble. 

Lorsque nous évoquons le travail en termes de perte de sens, à force de l’évoquer, de le chercher, le risque est que nous souffrions inconsciemment du syndrome du vide, le vide ayant déjà fait son chemin. Ce n’est pas la faute à la malchance, mais bien une conjoncture qui nous éloigne de l’essentiel, au point que nous ne savons plus le reconnaître. 

A quoi ressemble la sensation du vide ?

Si certains disent que la sensation de vide donne le vertige, pour d’autres, elle reste difficile à cerner ou laisse un sentiment d’inconfort, de malaise intérieur nous incitant à chercher un responsable avant de nous questionner sur notre propre état d’esprit. 

Le vide professionnel existe bel et bien, ce trou noir qui ne répond plus ni au sens du travail, ni à l’envie d’escalader tous les projets nés et à naitre avec passion. Au matin, assis sur le bord du lit, on tente de s’en échapper en ouvrant le jet d’eau froide pour un coup de fouet. On se coiffe, on  se regarde dans le miroir et la buée nous monte au cerveau… Panique.  On fait semblant de ne rien voir, on ouvre sa garde-robe pour choisir le vêtement qui mettra un peu de couleur sur cette sensation déstabilisante et remontera ce moral qui plombe sans pouvoir lui trouver une quelconque justification. Mais malgré tout, en dépit des manœuvres de concentration et des cafés avalés coup sur coup, cette sensation de vide colle à la peau.

Et si c’était enfin une vraie bonne nouvelle ?

Si la sensation de vide peut donner le vertige, elle peut aussi être l’occasion de freiner nos distorsions cognitives, d’arrêter de chercher des réponses faciles, de cesser de redessiner la réalité pour éviter les contraintes. 

Le travail définit trop souvent notre valeur en tant qu’individu. Lorsqu’il conditionne l’estime de soi, qu’il devient essentiel pour définir qui nous sommes, lorsque nous devenons le travail pour combler le vide, il faut considérer ce vide sous un autre angle. En faire un vide nourricier, inspirant. Profiter de ce que le vide force l'arrêt pour réfléchir, apprendre à développer un autre état d’esprit.

La Santé des Organisations est sur le point de prouver que l’état d’esprit est ce qui change tout du milieu professionnel et de la qualité de vie.  Au lieu de s’attaquer aux diversions, il vaut mieux s’en prendre à notre manière de nous voir et de voir le monde et d’enfin cesser de laisser couler le vide. 

Pour initier ou renforcer la démarche de prévention des risques psychosociaux dans votre entreprise, nous vous recommandons la documentation « RPS et QVT : le pas à pas d’une démarche à succès ».


Ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique - L’économie de l’attention à l’ère du numérique, 4 septembre 2025 

Prisca Lepine auteur
Prisca Lépine

Québécoise au parcours atypique, d’abord psychologue clinicienne dans une large institution de santé, j’ai été rapidement saisie par l’impact du climat de travail sur les comportements, et, au même …

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