Inégalités face au risque suicidaire : activité professionnelle et diplôme en cause

Publié le 18/02/2026 à 09:20
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Temps de lecture : 3 min

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie une étude sur le suicide en France, mettant en évidence de fortes inégalités sociales. Le rapport met en lumière des facteurs sociaux associés à un risque accru de suicide, notamment l’activité professionnelle et le niveau de diplôme.

L’activité professionnelle : des écarts de risque selon les catégories socioprofessionnelles

Le rapport met en évidence un lien marqué entre catégorie socioprofessionnelle et risque de suicide, en particulier chez les hommes. Les personnes sans activité professionnelle apparaissent comme les plus exposées, quel que soit le sexe.

Notez le

Entre 2011 et 2021, le taux moyen de suicide en France s’établissait à 13,6 pour 100 000 habitants, les hommes représentants près des trois quarts des décès par suicide. 

L’étude relève notamment une corrélation entre : 

  • « l’importance croissante de l’activitĂ© professionnelle dans l’identitĂ© sociale des individus ;
  • et l’effet de l’inactivitĂ© sur la santĂ© mentale et le risque suicidaire ».

Pour les rédacteurs, cela s’explique notamment par le fait que l’absence d’activité professionnelle tend à détériorer la santé mentale : 

  • en limitant l’intĂ©gration sociale ;
  • en privant de ressources matĂ©rielles ;
  • et en gĂ©nĂ©rant de la honte.

Pour autant, l’activité professionnelle ne constitue pas systématiquement un facteur protecteur. Les conditions de travail et l’exposition aux risques psychosociaux varient fortement selon les catégories socioprofessionnelles. Ainsi, la part de salariés soumis à « de fortes exigences psychologiques associées à une faible autonomie décisionnelle » serait d’environ 16 % chez les cadres et professions intellectuelles supérieures, contre 30 % et plus chez les ouvriers et les employés.

Certaines professions apparaissent particulièrement exposées. Les hommes agriculteurs, y compris parmi les retraités, présentent un taux de suicide de 43,7 pour 100 000 habitants, soit plus du double de la moyenne des hommes, toutes catégories confondues. Les hommes ouvriers sont également concernés par un risque surélevé, avec un taux de 26,9.

Chez les femmes âgées de 25 à 64 ans, le taux de suicide varie relativement peu selon la catégorie socioprofessionnelle, contrairement à ce qui est observé chez les hommes. Une exception apparaît toutefois chez les anciennes cadres âgées de 65 ans ou plus, dont le taux atteint 24,5. 

Ces différences pourraient s’expliquer par un rapport différencié au travail. Selon le rapport,  les femmes percevraient moins les situations professionnelles défavorables comme un échec et pourraient les compenser par d’autres réseaux d’intégration, notamment familiaux, alors que  les hommes s’identifient davantage  à leur statut socioprofessionnel.

Le niveau de diplôme : un facteur différencié selon le genre

Le niveau de diplôme apparaît comme un déterminant majeur, mais avec un effet différencié selon le sexe.

Chez les hommes, un niveau de diplôme élevé est globalement associé à une diminution du risque de suicide.

En revanche, cet effet protecteur n’est pas observé chez les femmes dont le taux de suicide ne diminue plus au-delà du baccalauréat voire augmente avec le diplôme. Cela souligne à nouveau l’existence d’autres facteurs.

Plus largement, l’étude confirme que les inégalités sociales pèsent fortement sur le risque suicidaire : le suicide est environ deux fois plus fréquent chez les populations les plus modestes.

Le rapport démontre également que le suicide est lié à plusieurs facteurs mais que l’activité professionnelle et le niveau de diplôme jouent un rôle clé dans l’exposition au risque.

Bon Ă  savoir

En 2017, Santé publique France a notamment révélé que les travailleurs exposés aux risques psychosociaux (RPS) déclaraient deux fois plus souvent des pensées suicidaires que la moyenne.

Pour les entreprises, la prévention des risques psychosociaux apparaît comme essentielle, alors que la protection de la santé mentale des salariés est une obligation incombant à l’employeur.

Pour engager ou améliorer une démarche de prévention des risques psychosociaux en entreprise, nous vous recommandons la documentation « RPS et QVCT : le pas à pas d’une démarche à succès ».

Drees, Etude, Le suicide, trois fois plus fréquent chez les hommes, deux fois plus chez les plus modestes, 29 janvier 2026

Auteur Anissa Ounas
Anissa Ounas

Formatrice, consultante et rédactrice en droit du travail

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