Quelle réparation peut obtenir un salarié privé d’une promotion à la suite d’une discrimination syndicale ?
Le thème de la discrimination syndicale nourrit abondamment la jurisprudence et en occupe une place importante. Par un arrêt récent, la Cour de cassation s’est prononcée sur les conséquences d’une telle discrimination lorsqu’elle entrave le déroulement de carrière d’un salarié.
Discrimination syndicale : rappel sur le droit à la réparation du préjudice subi
La loi protège la liberté syndicale et interdit strictement toute discrimination fondée sur l’appartenance à un syndicat ou l’exercice d’une activité syndicale.
Aucun salariĂ© ne doit donc faire l’objet d’une mesure discriminatoire, notamment en matière d’octroi d’avantages sociaux, d’évolution de carrière, de formation ou de sanction disciplinaire.Â
Par consĂ©quent, lorsqu’un salariĂ© s’estime victime de discrimination syndicale, il peut saisir le juge afin d’obtenir rĂ©paration.Â
Le rĂ©gime de preuve est amĂ©nagĂ© en sa faveur :Â
- le salarié doit présenter des éléments de fait laissant supposer l’existence d’une discrimination ;
- il revient ensuite Ă l’employeur de prouver que sa dĂ©cision repose sur des motifs objectifs, Ă©trangers Ă toute discrimination.Â
Notez le
Une telle action se prescrit par 5 ans Ă compter de la rĂ©vĂ©lation de la discrimination.Â
Lorsqu’une discrimination est reconnue, les juges condamnent l’employeur Ă rĂ©parer le prĂ©judice subi (dommages et intĂ©rĂŞt, reclassement).Â
Cependant, et concrètement, qu’en est-il dans le cas d’une discrimination syndicale ayant entraĂ®nĂ© un blocage de carrière ? Le juge doit-il simplement accorder une indemnisation financière au salariĂ© ? Ou Ă©galement le replacer dans la situation professionnelle qui aurait Ă©tĂ© la sienne en l’absence de discrimination ?Â
C’est sur cette question que s’est penchĂ©e la chambre sociale de la Cour de cassation dans une affaire rĂ©cente.Â
Conséquences d’une discrimination syndicale affectant la carrière du salarié
Dans cette affaire, un salarié, investi de mandats syndicaux depuis 1995, a vu sa carrière stagner à la suite d’un transfert contesté de son contrat de travail. Ce transfert a finalement été annulé par la juridiction administrative, entraînant sa réintégration au sein de son entreprise d’origine.
Estimant avoir été victime de discrimination syndicale ayant freiné son évolution professionnelle, il saisit le conseil de prud’hommes pour obtenir une reclassification et la réparation de la perte de salaires subie.
La cour d’appel a reconnu l’existence d’une discrimination et accordĂ© des dommages et intĂ©rĂŞts au salariĂ©, mais a refusĂ© sa reclassification, au motif qu’il n’exerçait pas effectivement les fonctions correspondant Ă la classification revendiquĂ©e.Â
C’est prĂ©cisĂ©ment ce refus de reclassification que la Cour de cassation a censurĂ©. Elle a jugĂ© qu’il appartenait aux juges du fond :Â
- d’évaluer le niveau de classification et de rémunération que le salarié aurait normalement atteint en l’absence de discrimination ;
- et d’ordonner son repositionnement à ce niveau.
Cette dĂ©cision s’inscrit dans la continuitĂ© d’une jurisprudence protectrice des reprĂ©sentants syndicaux, selon laquelle la rĂ©paration du prĂ©judice impose une reconstitution complète de la carrière du salariĂ© lĂ©sĂ©, et non une simple indemnisation pĂ©cuniaire.Â
En rĂ©sumĂ©, vous pouvez retenir que lorsqu’une discrimination syndicale est reconnue, en plus d’octroyer des dommages et intĂ©rĂŞts, le juge doit restaurer la carrière du salariĂ© comme si la discrimination n’avait jamais existĂ©, en ajustant sa classification et sa rĂ©munĂ©ration en consĂ©quence.Â
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Cour de cassation, chambre sociale, 17 septembre 2025, n° 23-23.645 (le juge doit rechercher à quelle classification serait parvenu le salarié victime d’une discrimination syndicale s'il avait bénéficié d'un déroulement normal de carrière et ordonner, le cas échéant, son repositionnement à cette classification)
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