Action syndicale en défense de l'intérêt collectif : elle ne permet pas de régulariser des situations individuelles !
Attention
La réglementation a pu évoluer depuis la publication de cet article. Pensez à vérifier les textes en vigueur.
Un syndicat peut agir en justice pour demander des dommages-intérêts en cas d'atteinte portée à l'intérêt collectif des salariés. Les intérêts purement individuels des salariés sont en principe exclus. C'est ce que rappelle régulièrement la Cour de cassation à l'occasion de différents cas d'espèces.
Intérêt collectif de la profession : une notion encadrée par les juges
Tout syndicat professionnel a le droit d'agir en justice en défense de l'intérêt collectif de la profession qu'il représente (Code du travail, art. L. 2132-3).
Les faits doivent porter un préjudice direct ou indirect à l'intérêt collectif de la profession. Il peut s'agir, par exemple :
- d'une action en exécution d'un accord ou d'une convention collective ;
- ou encore d'une action en défense de l'emploi des salariés (non-respect des règles relatives au temps de travail, à la sécurité, etc.).
Important
L'intérêt collectif de la profession doit être distingué de l'intérêt général mais aussi de l'intérêt individuel des salariés. Cette dernière notion recouvre les situations qui opposent uniquement le salarié et son employeur, sans qu'un préjudice collectif ne soit par ailleurs rapporté.
Toutefois, la notion d'intérêt collectif reste assez large et la frontière avec l'intérêt individuel du salarié est parfois mince. C'est pourquoi les juges sont régulièrement amenés à censurer ou, au contraire, à valider le bien fondé des actions en justice fondées sur ce motif.
Illustration récente dans un arrêt de la Cour de cassation, daté du 29 mai 2024.
Action en défense de l'intérêt collectif : elle exclut en principe les situations individuelles
Dans cette affaire, une entreprise avait mal appliqué les coefficients de rémunération de la convention collective à un salarié, conduisant à le « sous-classer » au regard de la rémunération à laquelle il était en droit de prétendre. Suite à son licenciement, le salarié saisit le conseil de prud'hommes.
Estimant que cette situation porte un préjudice à l'intérêt collectif de la profession, le syndicat est intervenu volontairement à l'instance afin d'obtenir des dommages-intérêts pour l'atteinte portée aux droits des salariés de la profession.
La Cour de cassation n'est toutefois pas de cet avis, affirmant qu'un syndicat n'est pas légitime à demander la régularisation de la situation individuelle d'un salarié au regard de la sa classification conventionnelle. Les juges précisent qu'une telle action ne relève que de la liberté personnelle de chaque salarié de conduire la défense de ses intérêts propres.
Le syndicat n'établissant pas que le sous-classement individuel du salarié avait causé un préjudice à l'intérêt collectif de la profession, son action en justice était donc irrecevable.
Bon à savoir
Il existe toutefois une exception admise par les juges : lorsqu'une situation purement individuelle soulève une question de principe ou d'intérêt général, le syndicat peut agir sur le fondement de l'action en défense de l'intérêt collectif de la profession. Cela peut être le cas pour certaines questions touchant à la sécurité, pouvant avoir des conséquences pour l’ensemble des salariés.
Si vous souhaitez plus d’informations quant au rôle des syndicats dans la défense des intérêts des salariés, les Editions Tissot vous recommandent leur documentation « CSE ACTIV ».
Cour de cassation, chambre sociale, 29 mai 2024, n° 22-19.811 (un syndicat n'est pas fondé à agir en justice pour faire régulariser la situation individuelle d'un salarié au regard de la sa classification conventionnelle, une telle action relevant de la liberté personnelle du salarié de défendre ses intérêts)
Juriste en droit social et rédactrice au sein des Editions Tissot
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