Risques psychosociaux : le grand écart de perception dirigeants/salariés malgré l’urgence de les prévenir
Les résultats du baromètre BDO - Opinion Way 2025 qui analyse la gestion des AT/MP en entreprise viennent d’être dévoilés. Pour cette 10e édition, il s’est enrichi d’un focus sur les risques psychosociaux et révèle des écarts marquants entre la perception des dirigeants, des RH et celle des salariés sur ce sujet.
Une sinistralité qui persiste au sein des entreprises
Il ressort du 10e baromètre BDO - OpinionWay, pour lequel une étude a été réalisée auprès de 1 000 salariés et 300 DRH, que 8 entreprises sur 10 font face à des accidents du travail et maladies professionnelles (AT/MP).
Les accidents du travail représentent 66% des sinistres enregistrés par les entreprises, loin devant les maladies professionnelles (16%)  et les accidents de trajet (18%).
Bon Ă savoir
Alors que les accidents du travail et de trajet concernent majoritairement des hommes, les maladies professionnelles touchent dans des proportions similaires les femmes et les hommes.
Cette année, le baromètre s'enrichit d’un focus sur les risques psychosociaux (RPS).
En matière de sinistralité, 17% des entreprises interrogées déclarent avoir été confrontées à des arrêts maladie liés à des RPS (stress, dépression, burn-out). Parmi ces arrêts, 14% ont donné lieu à des demandes de reconnaissance en maladie professionnelle, et parmi ces demandes 10% ont abouti.
Parallèlement, 18 % des salariés interrogés ayant été en arrêt de travail déclarent que cet arrêt était en lien avec un RPS. En revanche, 69 % d’entre eux ne l’ont pas déclaré comme maladie professionnelle, principalement par manque d’information et guidés par la croyance que l’arrêt ne serait pas reconnu comme une maladie professionnelle.
Notez le
Les arrĂŞts maladie liĂ©s Ă des RPS concernent les hommes et les femmes dans des proportions Ă©gales, avec une augmentation pour les femmes par rapport Ă l’annĂ©e dernière.Â
Une prise en compte plus que jamais nécessaire des risques psychosociaux
6 salariés sur 10 déclarent avoir déjà été confrontés à des situations de RPS, et pourtant seulement ¼ ont déjà osé réaliser un signalement auprès de leur employeur. Une réticence à dénoncer qui s'explique selon les répondants : par une volonté de confidentialité, un manque d’information sur la procédure, la complexité administrative et la peur des conséquences professionnelles.
91 % des victimes interrogées identifient une cause d’origine professionnelle aux RPS !
Les principales causes relevées par les répondants sont la charge excessive de travail, le manque de reconnaissance et les relations toxiques ou dégradées.
Jusqu’à présent, les RPS étaient relégués au second plan, mais l’étude rappelle qu’en 2025 ils deviennent un enjeu juridique concret, susceptible d’entraîner des conséquences lourdes pour les dirigeants et leurs organisations.
Notez le
2 % des entreprises interrogées ont déjà été confrontées à une action en reconnaissance de faute inexcusable liée aux RPS, et selon l’étude, ce chiffre pourrait rapidement croître.
En effet, en janvier, la Cour de cassation a consacré, pour la première fois en France, la notion de harcèlement moral institutionnel. Cette décision marque un tournant majeur en matière de RPS.
Une perception différente de la prise en compte des risques psychosociaux entre salariés et dirigeants
Il ressort de l’enquête que seulement 54 % des signalements réalisés ont conduit à une action de la part de l’entreprise. Ainsi, alors que peu de salariés franchissent le cap du signalement, seulement la moitié voit la situation prise en charge par l’entreprise.
Le traitement des RPS reste encore fragile, notamment en raison de la perception divergente entre salariĂ©s et dirigeants. Ainsi :Â
alors que seulement 26% des salariés confrontés à des RPS indiquent avoir réalisé un signalement ;
les entreprises estiment de leur côté que 62% des salariés confrontés à des RPS ont réalisé un signalement.
Le baromètre souligne ainsi un décalage d’appréhension de la situation qui réduit l’efficacité des dispositifs mis en place dans l’entreprise et expose les employeurs à des risques accrus.
Une remise en cause de l’efficacité des actions mise en place
La perception entre salariés et employeurs reste clivante en matière de prise en charge des RPS.
Alors que 61 % des entreprises affirment avoir un plan de prévention en matière de RPS, seulement 38 % des salariés affirment que leur entreprise a mis en place un tel plan.
Un décalage qui se confirme dans la perception des salariés et managers. Alors que 43 % des managers pensent être suffisamment formés pour gérer les RPS, ils ne le sont pas suffisamment pour 76 % des salariés interrogés.
Plus de la moitié des salariés interrogés indiquent ne pas avoir accès à des ressources d’appui (psy, signalement, formation, etc.), et 4 salariés sur 10 ont le sentiment que l’entreprise n’est pas sensibilisée aux RPS.
Pour une majorité de départements RH, l’amélioration de la gestion des RPS doit prioritairement passer par l’information et l’accompagnement (exemple : informer sur les procédures et signalements), devant les actions (exemple : mise en place d’une cellule d’écoute), et la formation.
Toutefois, 1 département RH sur 6 a identifié des freins à la mise en place de mesures efficaces, principalement le manque de budget et le manque de temps.
L’étude conclut que les dispositifs mis en place manquent de visibilité, et que sans relais managérial ils risquent de rester sans impact. En effet, les entreprises sont actives mais l’efficacité de la prévention mise en place semble relative. En témoignent notamment les importants décalages de perception entre salariés et employeurs.
Pour engager ou améliorer une démarche de prévention des risques psychosociaux en entreprise, nous vous recommandons la documentation « RPS et QVCT : le pas à pas d’une démarche à succès ».
Baromètre de la gestion des accidents du travail et des maladies professionnelles, édition spéciale risques psychosociaux, BDO – OpinionWay, 10e édition, 2025
Juriste en droit social et rédactrice au sein des Editions Tissot
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