Prévention du stress au travail : le ministère du Travail s’empare du sujet
Le stress liĂ© au travail est souvent nĂ©gligĂ© alors qu’il constitue un risque susceptible d’affecter la santĂ© des travailleurs, tant mentale que physique. Afin d’en prĂ©venir les effets, le ministère du Travail diffuse une nouvelle fiche pratique donnant des clĂ©s pour agir en prĂ©vention et rappeler aux entreprises leurs obligations en la matière.Â
Le stress lié au travail : un risque professionnel majeur à appréhender collectivement
On parle de stress au travail lorsque le salarié ressent un déséquilibre entre ce qu’on lui demande de faire dans le cadre professionnel et les ressources dont il dispose pour y répondre.
Selon l’INRS, l’état de stress se caractérise par trois phases physiologiques :
- l’alarme, durant laquelle l’organisme se prépare au combat ou à la fuite ;
- la résistance, lorsque la situation stressante persiste et durant laquelle l’organisme doit mobiliser d’importantes ressources pour y faire face ;
- l’épuisement, lorsque la situation devient chronique ou s’intensifie.
Les situations de stress ont des effets nĂ©fastes sur la santĂ© des travailleurs qui en sont atteints :Â
- tant sur le plan mental : risques psychosociaux (RPS) ;
- que sur le plan physique : risque de développer des troubles musculo-squelettiques (TMS).
Pour les entreprises, les consĂ©quences sont Ă©galement prĂ©judiciables (turnover, dĂ©motivation, etc).Â
Les risques liés à un état de stress au travail peuvent conduire à une reconnaissance d’accident du travail ou de maladie professionnelle.
L’état de stress ne fait pas partie des maladies prises en charge au titre des affections professionnelles. Toutefois, il peut faire l’objet d’une reconnaissance en tant que maladie professionnelle, lorsqu’il est établi que les affections découlant de cet état sont essentiellement et directement causées par le travail habituel de la victime et qu’elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d’un taux supérieur à 25 %.
Notez le
En 2023, les maladies psychiques reconnues d’origine professionnelle étaient en forte hausse (+ 25 %) et 12 000 accidents du travail étaient liés à ces risques (régime général).
Le ministère du Travail relève que les risques psychosociaux, incluant le stress, sont souvent la consĂ©quence de dysfonctionnements organisationnels et des Ă©volutions dans l’entreprise (transformations structurelles, mauvaise gestion du temps, management, etc.).Â
En effet, parmi les facteurs de risques psychosociaux et de stress au travail, on retrouve :Â
- les exigences du travail (exemple : surcharge de travail) ;
- les exigences émotionnelles (exemple : relation avec la clientèle) ;
- le manque d’autonomie (exemple : contrôle excessif) ;
- les rapports sociaux dégradés (exemple : conflits, absence de soutien) ;
- les conflits de valeurs (sentiment d’incohérence entre le travail demandé et ses valeurs professionnelle) ;
- l’insécurité socio-économique (exemple : crainte de la perte d’emploi, manque de reconnaissance).
Le ministère du Travail rappelle que l’interaction de ces facteurs de risques psychosociaux, qui s’expriment Ă tous les niveaux dans le cadre du travail (organisation, communication, environnement de travail, etc), favorise l’apparition du stress.Â
Il est donc essentiel d’en prĂ©venir les risques.Â
Le stress lié au travail : les leviers actionnables pour agir en prévention
La prévention du stress lié au travail doit être intégrée à la politique globale de l’entreprise en matière de prévention des risques psychosociaux. L’objectif est de réduire les sources de stress dans l'entreprise en agissant directement sur l'organisation, les conditions de travail et les relations sociales.
L’article L. 4121-1 du Code du travail impose Ă l’employeur de prendre les mesures nĂ©cessaires pour assurer la sĂ©curitĂ© et protĂ©ger la santĂ© physique et mentale des travailleurs. Pour ce faire, l’employeur doit, en concertation avec les diffĂ©rents acteurs de l’entreprise :Â
- mettre en œuvre des actions de prévention des risques professionnels ;
- mettre en place des actions d’information et de formation ;
- adapter les organisations en fonction de l’évolution des risques et mettre en place des moyens adaptĂ©s.Â
En vertu de son obligation de sécurité, il appartient notamment à l’employeur :
- d’identifier et d’évaluer les facteurs de RPS, dont le stress ;
- de transcrire les résultats de son évaluation dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) ;
- d’élaborer un plan d’actions dédié qui, régulièrement, devra être réévalué et réajusté.
Comme le prĂ©cise le ministère du Travail, l’efficacitĂ© de cette dĂ©marche de prĂ©vention est suspendue Ă l’activation de plusieurs leviers :Â
- informer et former les travailleurs ;
- réguler la charge de travail ;
- garantir un soutien social solide ;
- favoriser l’autonomie et la participation des salariés ;
- assurer une juste reconnaissance du travail ;
- discuter des critères de qualité du travail.
La mise en place efficace d’une politique de prĂ©vention contre les risques liĂ©s au stress implique ainsi :Â
- une évaluation minutieuse, par métier, des RPS dans l’entreprise (exemple : mise en place d’un questionnaire) ;
- une régulation collective des dysfonctionnements et des potentielles sources de RPS (dialogue social, cohésion d'équipe, mise à jour du DUERP) ;
- une évaluation et un suivi de la charge de travail (équilibre vie professionnelle / vie personnelle, droit à la déconnexion) ;
- une réflexion sur la qualité de vie au travail pour l’ensemble des travailleurs ;
- un soutien aux travailleurs (formation, assistance psychologique etc.) ;
- une reconnaissance et une rétribution du travail juste et équitable ;
- de penser l’organisation du travail en favorisant l’autonomie et les rapports de confiance tout en évitant l’isolement.
Pour engager ou améliorer une démarche de prévention des risques psychosociaux en entreprise, nous vous recommandons la documentation « RPS et QVCT : le pas à pas d’une démarche à succès ».
Ministère du Travail, actualités, La prévention du stress au travail, 30 septembre 2025
Juriste en droit social et rédactrice au sein des Editions Tissot
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