Karoshi : l’ultime issue du stress au travail

Publié le 22/10/2025 à 07:32
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Temps de lecture : 3 min

750 000 décès chaque année. C’est le chiffre publié par l’OMS et l’OIT sur l’impact du surmenage. Au Japon, ce phénomène a un nom : karoshi, littéralement « mort par excès de travail ». Longtemps perçu comme un problème typiquement nippon, le karoshi se diffuse dans les entreprises du monde entier. Comment en arrive-t-on là ? Et surtout, comment prévenir ce point de non-retour ?

Karoshi : définition et seuils critiques

Le premier cas documenté remonte à 1969 : Takebayashi Katsuyoshi, 29 ans, employé du journal Asahi, décède d’un AVC hémorragique après avoir travaillé jusqu’à 250 heures par mois avec moins de deux jours de repos (Nishiyama, 1997). Depuis, le Japon a défini des seuils critiques :

  • risque cardiovasculaire : + 100 h supplĂ©mentaire par mois ;

  • risque suicidaire : + 160 h supplĂ©mentaires le mois prĂ©cĂ©dant l’acte ;

  • seuil gĂ©nĂ©ral de risque : + 80 h supplĂ©mentaires par mois (semaines de 60 heures et plus).

En 2024, plus de 1 300 cas ont été officiellement reconnus au Japon. Mais la prévalence réelle serait proche de 10 000 décès annuels. 

Les mécanismes sont désormais mieux connus : activation chronique du système nerveux sympathique, hypertension persistante, fibrose cardiaque, arythmie, voire infarctus ou AVC. 

Le karoshi n’est donc pas un accident mais un phénomène biologique : c’est l’aboutissement d’un stress prolongé qui finit par empoisonner l’organisme.

Du burnout au karoshi : un continuum prévisible

L’OMS définit le burnout comme un syndrome « résultant d’un stress professionnel chronique qui n’a pas été géré avec succès ». En d’autres termes : le karoshi est le stade ultime de ce continuum.

Les recherches en imagerie cérébrale confirment cette idée : les personnes en burnout présentent une amygdale plus réactive et des connexions altérées avec le cortex préfrontal, rendant la régulation émotionnelle et la prise de décision plus difficiles. Résultat : une hypervigilance au stress et une tendance à se surinvestir, même quand le corps envoie des signaux d’alerte.

C’est exactement ce que l’on observe dans la pratique clinique : plus on invite une personne épuisée à se reposer, plus elle se sent coupable de « lâcher » et redouble d’effort. D’où la nécessité d’un accompagnement spécifique.

Prévenir le karoshi avant le point de rupture

Prévenir le karoshi, c’est d’abord repérer les signaux faibles : fatigue persistante, irritabilité, troubles du sommeil, palpitations, perte de poids, idées noires.

Les bonnes pratiques managériales consistent à :

  • ouvrir un espace d’expression : reconnaĂ®tre la souffrance sans dramatiser ni minimiser ;

  • co-construire les ajustements : rĂ©viser les prioritĂ©s, dĂ©lĂ©guer progressivement, rĂ©organiser les dĂ©lais plutĂ´t que supprimer brutalement les tâches (ce qui peut ĂŞtre vĂ©cu comme une menace ou une punition) ;

  • activer les relais : RH, CSSCT, mĂ©decine du travail, sans attendre que la situation devienne critique.

Enfin, comme le rappellent les experts japonais, la prévention n’est pas seulement individuelle mais systémique : elle suppose d’agir avant tout sur l’organisation du travail (objectifs irréalistes, process bancals) et la culture d’entreprise (course à l’engagement, présentéisme, ultra connexion).

En conclusion, le karoshi n’est pas une fatalité, mais bien la conséquence prévisible d’un système de surenchère. La prévention ne consiste pas seulement à « prendre soin » des collaborateurs après coup, mais à ajuster en amont l’organisation, les priorités et les représentations de l’engagement pour éviter l’épuisement.

Ce n’est pas un geste de bienveillance, c’est un choix stratégique : un collectif épuisé finit toujours par coûter plus cher qu’il ne rapporte — humainement comme économiquement.

Besoin d’aide pour déterminer les mesures de prévention adaptées à votre entreprise ? Vous pouvez vous rapporter à la documentation  « Santé sécurité au travail ACTIV ».

Auteur Emma Pitzalis
Emma Pitzalis

Psychologue clinicienne - Consultante

Psychologue depuis 10 ans, Emma met son expérience de terrain au service des préventeurs, RH et élus, souvent en première ligne et eux aussi fragilisés.

Son objectif : leur transmettre des outils …

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