Grèves en entreprise : net recul de la conflictualité en 2024
Selon la dernière enquête de la Dares sur les mouvements de grève en France, les conflits sociaux se recentrent sur des enjeux internes à l’entreprise. Le nombre d’entreprises concernées, de salariés mobilisés et de journées individuelles non travaillées diminue nettement. L’étude met toutefois en évidence de fortes disparités selon la taille des entreprises et les secteurs d’activité.
Un net recul des grèves dans les entreprises
L’étude de la Dares fait ressortir un reflux marqué de la conflictualité collective dans les entreprises de 10 salariés ou plus.
En 2024, 1,6 % des entreprises ont connu au moins un arrêt collectif de travail. Ce niveau est en baisse de 1,1 point par rapport à 2023, année marquée par une forte mobilisation sociale, notamment autour des réformes nationales (réforme des retraites, etc.).
De même, 18,5 % des salariés travaillent dans une entreprise ayant connu au moins une grève en 2024, soit une diminution sensible par rapport à l’année précédente (25,8 %).
Cette évolution traduit un retour à un niveau de conflictualité plus proche des standards observés hors période de mobilisation nationale exceptionnelle.
Une chute très marquée des journées de grève
L’indicateur le plus parlant de cette accalmie est le volume de journées individuelles non travaillées (JINT).
En 2024, on compte 62 journées individuelles non travaillées pour 1 000 salariés, se rapprochant ainsi de l’intensité des années les moins conflictuelles depuis 2008. Il s’agit d’une baisse de 64 % sur un an. Autrement dit, non seulement les grèves sont moins nombreuses, mais leur intensité et leur durée cumulée diminuent également nettement.
Pour les entreprises, cela se traduit concrètement par moins de journées perdues, un impact opérationnel globalement plus limité et une conflictualité plus ponctuelle que structurelle.
De fortes disparités selon la taille des entreprises
Comme les années précédentes, la conflictualité collective reste très concentrée dans les grandes structures. En effet, même en période de grève, le risque de conflit collectif demeure structurellement plus élevé dans les grandes entreprises.
La Dares relève que les entreprises de 500 salariés ou plus sont 23,4 % à avoir connu au moins une grève en 2024. En parallèle, les entreprises de 10 à 49 salariés ne sont que 0,8 % à avoir connu un arrêt de travail collectif en 2024.
Ce phénomène s’explique notamment par le fait que les grandes entreprises bénéficient d’une présence syndicale plus structurée, d’une représentation du personnel plus développée, d’une capacité de mobilisation plus importante et que les enjeux collectifs y sont plus larges.
Certains secteurs restent particulièrement exposés
L’étude met en lumière des écarts sectoriels très nets.
En 2024, les secteurs les plus concernés par des grèves sont la fabrication de matériels de transport (5,5 % des entreprises touchées) et le secteur de l’enseignement, de la santé humaine et de l’action sociale (secteur privé avec 4,5 % d’entreprises touchées).
À l’inverse, dans le domaine de l’hébergement et de la restauration, seules 0,2 % des entreprises ont connu des grèves.
Ces données confirment que la conflictualité reste très dépendante des contraintes d’activité, des conditions de travail et de la structuration collective des salariés selon les branches.
Des conflits toujours principalement liés aux rémunérations et à l’organisation du travail
Même si le niveau global de conflictualité diminue, les motifs des grèves restent proches de ceux observés les années précédentes.
Les revendications portent principalement sur les rémunérations, les conditions de travail, l’organisation du travail et sur certaines décisions de gestion ou de restructuration.
Les enjeux de pouvoir d’achat et d’organisation opérationnelle demeurent donc au cœur des tensions collectives en entreprise.
Ce qu’il faut retenir
L’étude 2024 de la Dares montre un retour à un niveau de grèves nettement inférieur à celui observé en 2023, année marquée par des réformes nationales.
En 2024, on observe moins d’entreprises touchées, moins de salariés concernés, une forte baisse des journées de grève, une conflictualité concentrée dans les grandes entreprises et des secteurs toujours plus exposés que d’autres.
Ces rĂ©sultats confirment deux points clĂ©s :Â
- la taille de l’entreprise et le secteur d’activité demeurent les premiers facteurs explicatifs du risque de grève ;
- la conflictualité collective reste cyclique et sensible au contexte social et économique.
La prévention des tensions collectives passe donc, plus que jamais, par le dialogue social, l’anticipation des réorganisations et le suivi attentif des sujets de rémunération et de conditions de travail.
Pour consulter l’intégralité des données partagées par la DARES :
Vous souhaitez en savoir plus sur le déclenchement, l’organisation et les impacts d’un mouvement de grève ? Nous vous recommandons notre documentation « CSE ACTIV ».
Dares Résultats n° 6, Les grèves en 2024. Recentrage des conflits sur des enjeux internes à l’entreprise, février 2026
Juriste et autrice en droit social
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