Transparence salariale : un rapport parlementaire formule 21 recommandations

Publié le 10/02/2026 à 11:44·Modifié le 12/02/2026 à 12:30
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Temps de lecture : 6 min

Limiter la fourchette de rémunération à un écart de 10 %, suivre les augmentations et promotions par sexe, former les PME… Dans le cadre de la transposition de la directive sur la transparence salariale, un rapport présenté devant l’Assemblée nationale formule 21 recommandations visant à réduire durablement les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes. 

Égalité salariale : des écarts persistants

L’égalité salariale entre les femmes et les hommes est un principe reconnu tant au niveau national qu’européen. Pourtant, malgré des progrès observés et plusieurs textes adoptés en la matière, des écarts importants persistent.

Illustration

Selon l’INSEE, en 2023, le salaire moyen des femmes est inférieur de 22,2 % à celui des hommes. Une partie de cet écart est liée aux différences de temps de travail, les femmes occupant majoritairement les emplois à temps partiel. À temps de travail identique, l’écart reste de 14,2 %. Il s’explique notamment par l’emploi exercé, le secteur d’activité ou le niveau de qualification. À poste, âge et entreprise identiques, une différence d’environ 4 % subsiste, qui relève de la discrimination pure.

Afin de corriger ces écarts inexpliqués, l’Union européenne a adopté, le 10 mai 2023, une directive visant à renforcer l’égalité salariale entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de même valeur. 

Ce texte introduit de nouvelles obligations pour les entreprises, applicables dès le recrutement et tout au long de la relation de travail. 

Égalité salariale : 21 recommandations pour réduire durablement les écarts

C’est dans le cadre de la transposition de cette directive que la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes de l’Assemblée nationale a présenté, le 27 janvier dernier, un rapport d’information sur l’égalité salariale. 

Après un rappel historique sur les inégalités salariales et leurs origines, le rapport souligne les limites des outils juridiques actuels. Il présente ensuite les apports de la directive sur la transparence salariale, dont les outils statistiques sont jugés plus pertinents. 

Il formule, enfin, 21 recommandations pour atteindre une égalité salariale réelle entre hommes et femmes pour un travail de même valeur.

Trois axes sont ainsi envisagés par les rapporteures : 

  • accompagner les PME pour une mise en Ĺ“uvre opĂ©rationnelle et soutenable de la directive ;
  • transformer les obligations juridiques en droits effectifs pour les salariĂ©s ;
  • complĂ©ter la directive par des leviers structurels pour rĂ©duire durablement les inĂ©galitĂ©s salariales.

Accompagner des PME dans la mise en œuvre de la directive

Pour accompagner les TPE et PME dans la mise en oeuvre des nouvelles obligations issues de la directive, le rapport recommande notamment de : 

  • fournir des outils opĂ©rationnels adaptĂ©s, notamment pour le calcul du 7e indicateur et la construction des catĂ©gories de travailleurs ;
  • mettre en place des tests pour vĂ©rifier la faisabilitĂ© des obligations issues de la directive pour les plus petites entreprises et ajuster les exigences en fonction des rĂ©sultats ;
  • transfĂ©rer les obligations d’information des salariĂ©s au niveau des branches professionnelles pour les entreprises de moins de 10 salariĂ©s ;
  • proposer des formations aux entreprises de moins de 250 salariĂ©s, pour les aider Ă  construire une politique de rĂ©munĂ©ration transparente et Ă©quitable, basĂ©e sur des critères objectifs.

Enfin, les rapporteures proposent de mobiliser les branches professionnelles pour aider les entreprises dans la détermination des catégories de travailleurs, en créant une obligation de révision des classifications fondée sur des critères objectifs et non sexistes, sous le contrôle d’un organe de suivi dédié.

Transformer les obligations juridiques en droits effectifs pour les salariés

Pour garantir l’effectivité des droits des salariés, dès le recrutement et tout au long de la relation de travail, la délégation préconise : 

  • d’encadrer strictement les fourchettes de rĂ©munĂ©ration publiĂ©es dans les offres d’emploi, en limitant l’écart Ă  10 % entre le haut et le bas de la fourchette ;
  • de rendre visible sur les sites d’offres d’emploi l’interdiction de demander aux candidats leur salaire actuels ou antĂ©rieur ;
  • d’afficher dans toutes les entreprises l’information selon laquelle les salariĂ©s peuvent demander des donnĂ©es relatives Ă  la rĂ©munĂ©ration (niveaux individuels et moyens).

Cela passe également par des mécanismes de contrôle et de sanction renforcés. À ce titre, la délégation propose : 

  • de confier au Haut Conseil Ă  l’ÉgalitĂ© entre les femmes et les hommes (HCE) la mission de suivre et de soutenir la mise en oeuvre des obligations issues de la directive, en lui attribuant des moyens suffisants ;
  • d’augmenter de manière consĂ©quente les effectifs de l’Inspection du travail, afin de renforcer les contrĂ´les en matière d’inĂ©galitĂ©s salariales ;
  • de confier les actions de groupe au conseil de prud’hommes (et non plus au tribunal judiciaire), juridiction plus accessible devant laquelle le recours Ă  un avocat n’est pas obligatoire, afin de faciliter le recours des salariĂ©s.

Le rapport recommande enfin d’améliorer les critères utilisés pour construire les catégories permettant de comparer les emplois de valeur égale : 

  • en prenant en compte les compĂ©tences non-techniques et les conditions de travail, actuellement sous-Ă©valuĂ©es dans les mĂ©tiers Ă  prĂ©dominance fĂ©minine ;
  • en remplaçant, pour dĂ©terminer la “valeur Ă©gale”, les critères prĂ©vus par le Code du travail par ceux de la directive (compĂ©tences, efforts, responsabilitĂ©s et conditions de travail).

Mettre en place des leviers structurels pour réduire durablement les inégalités salariales

Pour finir, le rapport préconise d’aller au-delà des obligations prévues par la directive en actionnant différents moyens d’action pour lutter de manière durable contre les inégalités salariales. Il est notamment recommandé :   

  • d’assurer un suivi annuel, dans les entreprises de plus de 50 salariĂ©s, des augmentations et des promotions par sexe (cet indicateur n’étant pas prĂ©vu par la directive) ; 
  • de proposer des formations Ă  la nĂ©gociation salariale aux femmes inscrites Ă  France Travail ; 
  • de renforcer la prĂ©sence des femmes sur le marchĂ© du travail via des mesures en matière de temps partiel ou de parentalitĂ© (augmentation et diversification des modes de garde, etc.) ;
  • d’amĂ©liorer la formation et de renforcer l’attractivitĂ© des mĂ©tiers de la petite enfance.

Notez le

D’autres recommandations concernent la lutte contre les stéréotypes de genre et les discours masculinistes notamment auprès des jeunes, ou encore le soutien aux réseaux professionnels féminins et aux actions de mentorat en direction des femmes, afin de lutter contre le plafond de verre.

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Rapport d'information sur l’égalité salariale déposé le 27 janvier 2026 par la délégation de l'Assemblée nationale aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes, n° 2370

Margaux Berbey

Juriste en droit social et rédactrice au sein des Editions Tissot

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