Mener un diagnostic des RPS, en interne ou en externe ? Réflexions et bonnes pratiques
Nombreuses sont les entreprises mettant en place des diagnostics sur les risques psychosociaux (RPS). Pour autant, le précieux sésame finit encore trop souvent au fond d’un tiroir. Pour lui éviter ce triste sort, quelques astuces peuvent aider à instaurer une démarche durable de prévention.
La démarche doit-elle être menée en interne ou par le biais d’un intervenant extérieur ?
Mener un diagnostic en interne permet aux acteurs portant cette dĂ©marche de connaĂ®tre les spĂ©cificitĂ©s des postes concernĂ©s et d’avoir une plus grande comprĂ©hension de l’histoire de l’entreprise. Cela facilite aussi le passage et le suivi des actions construites suite Ă ce diagnostic.Â
La venue d’un tiers peut, elle, ĂŞtre privilĂ©giĂ©e pour son approche neutre, impartiale et son expĂ©rience auprès d’autres structures. Le comparatif qu’il Ă©tablit permet d’avoir une valeur conseil plus forte dans le passage Ă l’action. Pour autant, son intervention peut gĂ©nĂ©rer des questionnements, voire des prĂ©occupations sur la situation d’un service ou d’une Ă©quipe : “si un psychologue vient, c’est que c’est très grave”.Â
Quelques questions peuvent vous aider Ă vous positionner sur l’internalisation ou non de ce diagnostic :Â
quelles sont les compĂ©tences en interne qui nous permettraient de mener Ă bien ce diagnostic ? L’expĂ©rience dans l’entreprise concernĂ©e peut ĂŞtre gage de lĂ©gitimitĂ© et de crĂ©dibilitĂ© auprès des salariĂ©s concernĂ©s par la dĂ©marche. C’est d’ailleurs ce qui va pouvoir distinguer l’approche interne, qui va mieux comprendre les spĂ©cificitĂ©s terrain et les mĂ©tiers. En revanche, l’analyse psychosociologique qu’apporte un intervenant extĂ©rieur va permettre de donner du relief aux constats Ă©tablis.Â
comment se porte le climat social ? Par cela, nous entendons Ă la fois l’entente entre salariĂ©s mais aussi la qualitĂ© de la coopĂ©ration entre les acteurs clĂ©s qui vont porter cette dĂ©marche. En effet, la composition d’un groupe paritaire et pluridisciplinaire permet de mener Ă bien ces dĂ©marches d’accompagnement. Il est donc essentiel que leur cohĂ©sion soit de qualitĂ© (d’autant plus quand leurs Ă©changes ne sont pas rĂ©gulĂ©s par un tiers externe au collectif de travail).Â
les acteurs clĂ©s sont-ils suffisamment impliquĂ©s sur le sujet ? En termes de temps, d’investissement financier et d’appĂ©tence pour le sujet.Â
quelle est l’histoire de l’entreprise Ă ce sujet depuis les deux dernières annĂ©es ? Les entreprises en Ă©tant Ă leurs premières actions bĂ©nĂ©ficient souvent d’un a priori positif des salariĂ©s. Toute dĂ©marche est bonne Ă entreprendre. Alors que les diagnostics en nombre peuvent avoir gĂ©nĂ©rĂ© de fortes attentes sans le plan d’action associĂ©, voire une lassitude qui rĂ©duit souvent la participation des salariĂ©s aux futurs diagnostics.Â
Vous avez tranché pour une démarche menée en interne : quelques conseils
réfléchir au nom donné à cette démarche : étude, diagnostic, audit, enquête ? En effet, le nom influencera la posture des salariés rencontrés. Par exemple, l’appellation « enquête » véhiculera souvent une notion de difficultés relationnelles, alors que le terme « audit » peut être entendu davantage comme une obligation légale ;
prendre en compte l’exposition mais aussi l’impact : les salariés peuvent être exposés à certains facteurs de risque (par exemple, la fréquence des changements), sans pour autant en être fortement impactés. A contrario, des pratiques vexatoires vont souvent concerner peu de salariés, mais très fortement les impacter ;
résister à la tentation de vouloir remonter toutes les difficultés : un diagnostic est une démarche de prévention collective qui vise à identifier les facteurs de risque les plus explicatifs de probables troubles psychosociaux. Certaines situations isolées devront être traitées dans un autre cadre (un entretien RH ou managérial par exemple) ;
inscrire le diagnostic dans une dĂ©marche d’amĂ©lioration continue : les diagnostics constituent souvent des temps dĂ©diĂ©s et isolĂ©s du quotidien de travail. Une alternative consiste Ă investiguer les RPS en les intĂ©grant davantage Ă des rituels existants. Par exemple, lors des entretiens individuels mensuels ou des rĂ©unions collectives.Â
L’alternative qui allie les avantages de l’interne et de l’externe
Si vous souhaitez monter progressivement en compétences et gagner peu à peu en autonomie sur les diagnostics, des démarches supervisées se développent. Le principe ? Etre accompagné sur plusieurs années pour la réalisation de diagnostics, avec :
- la première année : une formation à la prévention des RPS et à la QVCT, la mise en place d’un comité de pilotage et la réalisation d’un diagnostic par l’intervenant extérieur ;
- la deuxième année : une co-animation de la démarche diagnostic pour aider les membres du comité de pilotage à mener les échanges ;
- la troisième annĂ©e : un diagnostic menĂ© par les acteurs internes supervisĂ© par l’intervenant extĂ©rieur.Â
En renforçant le rĂ´le des acteurs internes dans la rĂ©alisation des diagnostics, on donne alors une chance Ă la prĂ©vention primaire d’être un levier opĂ©rationnel et durable de la santĂ© psychologique au travail.Â
Afin de vous aider à adopter les stratégies qui fonctionnent pour agir efficacement, les Editions Tissot vous proposent leur documentation « RPS et QVT : le pas à pas d’une démarche à succès ».
Psychologue sociale et psychothérapeute
Claire Priquet est psychologue sociale et fondatrice du cabinet Claire Priquet Conseils.
Depuis 14 ans, elle accompagne les entreprises en prévention des risques psychosociaux. Egalement …
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