Proposition de CDI refusée et privation des allocations chômage : dispositif validé par le Conseil d’Etat

Publié le 04/08/2025 à 10:00
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Temps de lecture : 4 min

Depuis le 1er janvier 2024, un salarié qui, au terme de son CDD, refuse un CDI peut se voir priver du droit à l’allocation chômage. Plusieurs syndicats ont saisi le Conseil d’Etat afin que soit annulée cette mesure. Leur recours a été rejeté. Vous devez donc continuer d’informer France travail des éventuels refus de propositions de CDI. 

Refus de CDI : la proposition d’emploi doit respecter des critères cumulatifs

Sous certaines conditions, le demandeur d’emploi qui, dans les 12 mois précédant l’échéance de son CDD ou de son contrat d’intérim, a refusé deux propositions de CDI peut se voir refuser le droit à l’allocation d’assurance chômage.

Si vous avez proposé un emploi en CDI à un salarié en CDD et que celui-ci a décliné l’offre, en tant qu’employeur, il vous revient d’informer France travail de ce refus sur la plateforme : www.demarches-simplifiees.fr/commencer/refus-de-cdi-informer-francetravail

Mais attention, cela ne concerne pas toutes les propositions d’emploi. 

Si le salarié est en CDD, l’emploi proposé doit :

  • ĂŞtre identique ou similaire Ă  celui exercĂ© jusqu’alors ;
  • ĂŞtre assorti d'une rĂ©munĂ©ration au moins Ă©quivalente ;
  • reposer sur une durĂ©e de travail Ă©quivalente ;
  • relever de la mĂŞme classification ;
  • ne pas emporter de modification du lieu de travail (Code du travail, art. L. 1243-11-1).

S’il s’agit d’un travailleur intérimaire :

  • l’emploi doit ĂŞtre identique ou similaire Ă  la mission effectuĂ©e ;
  • le lieu de travail doit Ă©galement ĂŞtre identique (Code du travail, art. L. 1251-33-1).

La proposition d’emploi doit être adressée au travailleur avant le terme de son contrat, 

  • par lettre recommandĂ©e avec accusĂ© de rĂ©ception ;
  • par lettre remise en main propre contre dĂ©charge ;
  • ou par tout autre moyen donnant date certaine Ă  sa rĂ©ception. 

N’oubliez pas de préciser le délai dont dispose le salarié pour se prononcer sur la proposition de CDI, ainsi que la date de refus exprès du salarié, ou en cas d'absence de réponse, de la date d'expiration du délai prévu.

Afin de faciliter votre démarche, les Editions Tissot vous proposent un modèle personnalisable qui est extrait de la documentation « Tissot social entreprise ACTIV ».

Refus de CDI : dispositif validé par le Conseil d’Etat

En cas de refus exprès ou tacite du salarié, il faut savoir que vous disposez d’un délai d’un mois pour informer l'opérateur France Travail de ce refus. Cette information est un descriptif de l'emploi proposé et des éléments permettant de justifier dans quelle mesure l’emploi proposé est identique ou similaire à celui occupé.

Ensuite, France travail informera le salarié des conséquences de son refus sur l’ouverture de droit à l’allocation chômage. 

Ce dispositif est contesté notamment par les syndicats. Ainsi, dernièrement, la Confédération générale du travail (CGT), l'Union syndicale Solidaires et la Fédération syndicale unitaire (FSU), et d’autre part, la Confédération générale du travail - Force ouvrière, ont introduit des recours tendant à l’annulation du décret d’application (n° 2023-1307 du 28 décembre 2023) et de l’arrêté du 3 janvier 2024 relatif aux modalités d’information de France Travail.

Rappel

Le décret fixe les modalités de notification par l’employeur :

  • de la proposition d’emploi au salarié ;
  • -du refus de l’offre Ă  France travail.

Les syndicats reprochent notamment aux dispositions des articles L. 5422-1, L. 1243-11-1 et L. 1251-33-1 du Code du travail :

  • d’instaurer un traitement discriminatoire dans l'accès aux droits Ă  l'assurance chĂ´mage ;
  • de crĂ©er des situations de travail forcĂ© ou obligatoire,

en méconnaissance notamment de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention internationale du travail n° 29 sur le travail forcé.

Le décret méconnaîtrait le droit constitutionnel à l'existence d'un régime d'assurance chômage et le principe constitutionnel de sauvegarde de la dignité de la personne humaine.

Les syndicats invoquent également une atteinte au droit à un recours effectif et à « l'égalité des armes » garantis notamment par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En effet, il est reproché au décret :

  • de ne pas fixer de dĂ©lai minimum pour que le salariĂ© se prononce sur la proposition d’emploi ;
  • de ne pas prĂ©voir une information du salariĂ© par l'employeur des consĂ©quences de son refus ;
  • que le salariĂ© ne puisse faire valoir un motif lĂ©gitime de refus.

Le décret et l’arrêté seraient également illégaux car ils ne préciseraient pas les éléments à transmettre à France travail, particulièrement pour le cas des intérimaires.

Le Conseil d’Etat a écarté les différents éléments avancés par les syndicats et a rejeté leurs requêtes. Il constate notamment que :

  • le dĂ©cret prĂ©voit que l'employeur accorde au salariĂ© un dĂ©lai raisonnable pour se prononcer sur la proposition de CDI en lui indiquant qu'Ă  l'issue de ce dĂ©lai de rĂ©flexion, une absence de rĂ©ponse de sa part vaudra rejet de la proposition ;
  • le salariĂ© est informĂ© par l'opĂ©rateur France Travail, de ses droits. L’opĂ©rateur est le seul Ă  pouvoir le faire, suite Ă  la rĂ©ception des informations transmises les employeurs ;
  • aucune disposition ne fait obstacle Ă  ce que le salariĂ© communique Ă  France Travail tout Ă©lĂ©ment de nature Ă  permettre de dĂ©terminer s’il peut bĂ©nĂ©ficier des droits Ă  l’allocation chĂ´mage.

De plus, le demandeur d'emploi peut contester, sous le contrôle du juge, la décision relative prise par l'opérateur France Travail.

Conseil d’Etat, 1re - 4e chambres réunies, décision du 18 juillet 2025, n° 492244 

Isabelle Vénuat

Juriste en droit social et rédactrice au sein des Editions Tissot

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